La rafle pour tous du 5 mai 2013

Publié le 9 Mai 2013

C’était un soir de mai comme les autres, rien ne laissait présager une telle aventure. Il est vrai cependant qu’un vent de révolte soufflait sur le peuple français ! A Paris, la rue ne semblait pas vouloir s’apaiser … A la Bastille, les socialistes marchaient contre l’austérité. Aux Invalides, les anti-mariage gay faisaient un sit-in.

Jusqu'ici, rien d'anormal…

Or ce même soir, Jean Marc Ayrault était l’invité de TF1. La Manif pour Tous avait donc déclaré à la préfecture une seconde manifestation pour huer notre premier ministre près du siège de TF1, vers 19h.

A la dislocation de ce rassemblement, un mot d’ordre fut donné : « Tous sur le périph ! » Alors une foule incontrôlable bleue, blanc, rose se déversa sur le périphérique sous les yeux ébahis des conducteurs. Pendant dix bonnes minutes, la circulation fut arrêtée ! Mais l'intervention des CRS ne se fit pas attendre… Une course poursuite s’ouvrit dans les rues de Paris : une véritable chasse à l'homme !

Nombreux sont ceux qui vont être interpellés … Leur erreur ? Ne pas avoir gagné ce "chat-souris" géant !

Pour la suite de l’aventure, écoutons le témoignage d'une jeune manifestante: « Nous nous baladions tranquillement dans les rues du 16ème, un peu paumée parce que je ne connais pas trop le quartier et mes amis n’étaient pas de Paris. Nous étions deux filles et deux garçons. Nous suivions de loin, un peu crevés et affamés (nous n’avions mangé qu’un paquet de chips et des gâteaux le midi), les clameurs des gens qui couraient …

En haut d’une rue, il y avait plusieurs camions de CRS … Poussés par la curiosité, nous sommes allés voir ce qu’il se passait ! A ce carrefour, une barrière de CRS bloquait l’entrée d’une rue. En m’approchant un peu plus, j'ai vu six jeunes assis par terre en train de jouer au tarot ! La situation était cocasse : six jeunes bien sages entourés d’une bonne quarantaine de CRS ! Je n’ai pas pu m’empêcher de sortir mon appareil photos pour les prendre !

Quelques CRS se sont alors retournés. Après avoir concerté ses collègues, l’un d'eux est venu vers moi et m'a dit en me touchant l’épaule : « Vous n’avez qu’à les rejoindre Mademoiselle ! » Je suis restée bouche bée pendant quelques secondes… Sans que l’on s’en rende compte, plusieurs CRS nous avaient encerclés et nous poussaient (doucement, ne vous inquiétez pas !) pour rejoindre les autres. Une de mes amis leur a demandé la raison de cette arrestation… La réponse fut : « Vous avez des drapeaux de la manif ! »

Deux minutes après nous étions de l’autre côté de la barrière de CRS, avec six joyeux lurons qui nous ont accueillis avec enthousiasme. Nous sommes restés une demi-heure au milieu de la rue, papotant et chantant autour d’une bouteille de vin blanc et un fameux paquet de bonbons gentiment lancé d’une fenêtre pour réconforter nos ventres accablés ! ;)

Puis l’heure d’enfourgonner les dangereux criminels que nous étions, sonna. Un par un, on nous a emmenés près du fourgon sous haute surveillance policière. J’étais dans les derniers à être embarqués. Deux CRS sont venus vers moi. En me voyant, l’un dit : « Deux, ce n’est peut-être pas la peine ?! » « Oui, ça ira je pense ! » ai-je répondu en souriant. En me tenant par l’épaule, il m'a conduit jusqu’au camion... Les mains contre le car, les garçons se sont fait fouiller un par un. (Un homme CRS n’a pas le droit de fouiller une fille). Les drapeaux ont été confisqués et on nous a interdit de filmer ! Une dame était en pleurs, je ne l’avais pas vue arriver celle-là ! Elle expliquait aux CRS qu’elle n’avait rien à voir avec la manif. Elle prenait des photos et une personne lui a demandé de tenir son drapeau de la manif ! Je pense qu’elle a été relâchée, puisque je ne l’ai pas revue. « Mon » CRS a fouillé mon sac, puis m'a demandé de sortir ma carte d’identité. Un par un nous sommes rentrés dans le fourgon.

Cent mètres plus loin le car s’est arrêté à nouveau… D’autres compagnons d’infortune nous ont rejoint ! La bonne humeur était au rendez-vous, ils ont été accueillis par des cris de joie et des applaudissements ! Deux amies que j’avais quitté peu avant notre arrestation nous ont rejoint. Elles se baladaient quand elles se sont faites encerclées… Chacun racontait ses mésaventures. La plupart marchait tranquillement, ils se sont fait arrêter parce qu’ils avaient des drapeaux de la manif. Une s’est faite poursuivre et mordre au mollet par un chien de police ! On a vite compris que les ordres étaient d’arrêter toutes personnes susceptibles d’avoir participé à la manif, suite à l’affaire du périphérique ! Mais ça ne nous a pas empêché de chanter, crier et sourire aux passants interloqués par cette bande de jeunes enfermés dans un fourgon de CRS. Leur réaction était souvent en notre faveur, je n’ai vu qu’une personne nous faire un doigt d’honneur. Ils nous faisaient coucou, nous applaudissaient, nous encourageaient... Ça faisait chaud au cœur !

Il devait être 22h30 quand nous sommes arrivés au 32 rue de l’Evangile dans le 18ème. Nous avons débarqué dans une grande cour entourée de hauts murs et de barbelés. Le long des murs se tenaient des policiers en uniforme. Ça fait bizarre lorsqu’on n’a jamais mis les pieds dans une prison ! Une flic m’a appelée. Je suis entrée dans un bureau. Elle m’a fouillée, et a vérifié mon sac. Elle m’a ensuite dit d’attendre devant un autre bureau au fond du couloir. Un policier m’a alors appelée. Après avoir vérifié mon identité, il m’a donné une convocation pour « affaire vous concernant »(?) le lendemain à 14h.

Une convocation ?? Je me suis posée la même question que vous. Je ne savais pas trop quoi en penser. On m’avait dit que je pouvais subir un contrôle d’identité ou une garde à vue… Ce n’était ni l’un ni l’autre ! En plus le lendemain c’était mon premier jour de stage !!! A peine dans la mouise ! J’ai dû me creuser les méninges pour trouver une excuse valable pour le lendemain après-midi… Nous sommes sortis du commissariat vers 23h30, plus tôt que nous le pensions. En fait il y avait aussi le PSG qui jouait ce soir-là. Ils avaient donc de vrais « fouteurs de m… » à placer en garde à vue… Ils n’auraient pas eu assez de places ! Bon heureusement pour nous, il restait des métros !

Après une courte nuit et une matinée de stress, nous nous sommes retrouvés au commissariat. Présentation, puis attente dans la cour du commissariat… Le ciel était bleu, il ne pleuvait pas, ouf ! Chacun notre tour nous sommes passés devant un officier de police judiciaire pour qu’il prenne notre déclaration et établisse notre procès-verbal. Environ 40 jeunes accusés de faits divers : entrave à la circulation routière, mise en danger de la vie d’autrui, gêne à la circulation en s’asseyant au milieu de la rue…

Nous avons pu faire connaissance avec d’autres jeunes qui n’étaient pas dans notre car la veille. L’un d’eux s'était fait menotter et emmener seul dans une voiture de police parce qu’il avait un canif sur lui !? En parlant avec les officiers, nous avons mieux compris les motifs de notre arrestation. L'un d'eux nous a dit texto : « Vous avez été arrêtés pour des raisons purement politiques, nous-mêmes on ne comprend pas ! » Un autre nous a expliqué que le périph et l'Élysée étaient sacrés. Y toucher, était s’attirer les foudres d’en haut. Il fallait des coupables, c’est nous qu’ils ont pris, c’était plus facile que de courir après les leaders !

Nous sommes donc sortis vers 19h30 du commissariat, quand le dernier membre de notre groupe fut passé à la casserole ! Maintenant espérons que le magistrat nous déclare non-coupables !!! »

Il est intéressant de comparer la bonne foi des manifestants et la bassesse du gouvernement ! Utiliser la force et l'intimidation comme moyens de répression, est digne d'une dictature ... La France, soi disant pays des droits de l'Homme, n'écoute plus ses enfants. Une scission se crée entre nos dirigeants et le peuple. Si le gouvernement ne veut pas écouter son peuple, celui-ci ne le suivra plus. L'opposition est là, elle ne lâchera rien !

La rue veut se faire entendre !
La rue veut se faire entendre !
La rue veut se faire entendre !
La rue veut se faire entendre !
La rue veut se faire entendre !

La rue veut se faire entendre !

Les fameux extrémistes !
Les fameux extrémistes !
Les fameux extrémistes !
Les fameux extrémistes !
Les fameux extrémistes !

Les fameux extrémistes !

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clotilde 30/05/2013 18:19

super témoignage !

Danielle Roméro 14/05/2013 07:40

Votre article dans nos colonnes : http://unionrepublicaine.fr/la-rafle-pour-tous/ Merci à vous de ce partage

Jean Paul 13/05/2013 22:21

DÉCLARATION DES DROITS DE L’HOMME ET DU CITOYEN DE 1789
Les Représentants du Peuple Français, constitués en Assemblée nationale, considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements
Article X
Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi.

Paul 13/05/2013 22:14

Bonsoir,
Étant moi-même pro-mariage gay, je suis ravi de votre témoignage. De "gauche" ou de "droite", les gouvernements restent toujours capables d'arriver à de telles bassesses.
Le fameux problème des "quotas" d'interpellations lors de manifs ou autres évènements reste, et restera longtemps je pense, un gros marronnier politique en France. Les gouvernements de Sarkozy, puis de Hollande, ont beau nous avoir rabâché qu'il n'y a pas de système de quotas... quand je vois QUI on arrête... et que les policiers eux-mêmes en sont exaspérés... Oui, il y a des quotas. Oui, il y a en France un besoin insatiable d'avoir des coupables.

Je propose un concept : à partir de maintenant, quand il y a un problème, on essaye d'abord de trouver les solutions, et ensuite on punit les coupables, SI ils existent.

Danielle Roméro 12/05/2013 14:15

Bonjour
Me donnez-vous l'autorisation de reprendre votre article dans nos colonnes ?
Belle journée à vous
On ne lâche rien !

Le cri du cygne 12/05/2013 20:07

Bien sur, avec plaisir ! ( avec un lien qui renvoie à ce blog :) Bonne soirée ! ONLR